L'héritage de Röntgen s'est déployé de manière si totale qu'on en oublie son caractère révolutionnaire. Aujourd'hui, environ 3,6 milliards d'examens d'imagerie sont réalisés chaque année dans le monde. En Suisse, ce sont plusieurs millions d'examens annuels. Dans un établissement comme CID Lausanne, ce sont des milliers de patients qui transitent par la radiologie — une circulation quotidienne de corps scrutés, d'énigmes corporelles résolues par l'image.
Les statistiques d'impact sont éloquentes : 80% des diagnostics médicaux s'appuient sur l'imagerie. Cela signifie que quand un patient se présente avec des symptômes vagues — une douleur diffuse, une fatigue sans cause apparente, un trouble du comportement — le diagnostic repose très largement sur la capacité à voir ce qui se cache sous la peau.
Prenez l'épilepsie. Avant Röntgen, les crises convulsives se diagnostiquaient par observation clinique et interrogatoire. Le médecin notait les symptômes, cherchait des indices dans l'historique du patient, mais ne voyait jamais la cause réelle. Aujourd'hui, un scanner cérébral écarte une tumeur, une malformation vasculaire, un foyer cicatriciel — chacune de ces découvertes ouvrant des chemins thérapeutiques radicalement différents.
Ou considérez la schizophrénie. Les symptômes psychiatriques ressemblent parfois à ceux d'un accident vasculaire cérébral. Une IRM résout l'ambiguïté en une dizaine de minutes. C'est psychiatrique ou c'est neurologique ? L'imagerie répond. Et cette réponse détermine tout : le traitement, le pronostic, l'orientation thérapeutique.
Même dans les cas apparemment simples — une dépression chronique qui résiste au traitement — l'imagerie révèle parfois la vraie cause. Une hypothyroïdie qui mimait les symptômes dépressifs. Une hypothyroïdie invisible sans l'imagerie, mais visible une fois qu'on sait où regarder.